dimanche 22 novembre 2020

Interview - Christophe André - Alexandre Jollien - Mathieu Ricard

    L'incertitude, les peurs que nous vivons peuvent-elles être vaincues par la sagesse ?

Mathieu Ricard : En temps d’incertitude, c’est le moment ou jamais de prendre davantage conscience de notre humanité commune.Et la sagesse, ce n’est pas quelque chose d’éthéré, c’est au contraire extrêmement pragmatique, puisque ça vise à être au plus proche de la réalité ce qui mène à une une pensée juste, une parole juste et une action juste pour ne pas tomber justement dans les préjugés, les fausses nouvelles la discrimination, l'éloignement des autres etc .... en fait c'est un outil extrêmement précieux le discernement qui doit l'accompagner la bienveillance".      

     Quels sont selon vous les vérités  qui apparaissent au cours de cette crise sanitaire ?   Que nous révèle cette période de pandémie sur toute la planète, une planète entière masquée ?

Christophe André : toutes les crises sont en réalité des dévoilements, des rappels à l'ordre du réel. C'est vrai que si on cherche vraiment ce que peut-être nous arriverons à retirer de ce qui nous arrive; c'est que ça nous aura ouvert les yeux sur notre fragilité en tant que personne, sur notre fragilité en tant que société également. Je rejoins ce que disait Mathieu, la sagesse va améliorer notre capacité.

André Comte-Sponville définissait la sagesse comme "le maximum de bonheur dans le maximum de lucidité". La sagesse nous aide à davantage de paix intérieure mais aussi à davantage de lucidité. C'est-à-dire quelle ne doit pas nous éloigner du réel comme le disait Mathieu.

Nous aimons bien rajouter une troisième caractéristique à la sagesse : le maximum de bonheur dans le maximum de lucidité et le maximum de générosité.

La sagesse doit nous aider à nous tourner vers l'action. Le sage ce n'est pas quelqu'un qui est inhibé, ce n'est pas quelqu'un qui gesticule.

C'est quelqu'un qui se dirige vers l'action juste en essayant d'améliorer autant que possible le réel qui est à sa portée bien sûr.

Alexandre Jollien : En ces temps troublés où plus que jamais la solidarité est requise, j'aimerais de tout mon cœur vous souhaiter la paix, la joie et la grande santé. Avec une violence inouïe la pandémie nous a balancé à la face le tragique de l'existence et nous a rappelé les lois de l'interdépendance. Plus que jamais nous voilà embarqués tous sur le même bateau sans qu'on puisse désormais le nier.

La compassion se dit en sanskrit Karuna c'est d'ailleurs le nom que porte l'association de Mathieu. Si l'interdépendance, la virulence du covid font des dégâts il est grand temps d'imposer au coronavirus le Karuna virus, oserais-je dire. Le virus de la compassion.

Retroussons nos manches ! Épaulons-nous les uns les autres ! Prêtons l'oreille pour que personne ne se retrouve sur la touche.

Si l'idéal de la grande santé n'est hélas pas accessible à tous, chacun peut œuvrer pour que le plus grand nombre entre dans la grande santé; à savoir inscrire sa vie dans une dynamique et progresser.

Alors sans tarder, mettons tout en œuvre pour répandre autour de nous, dans le respect bien sûr des gestes barrière, le Karuna virus !


MR : C'est le moment d'être  plus actif que jamais pour faire preuve de solidarité, tout continuant d'être assez altruiste en se distanciant des autres pour ne pas les contaminer.

Et en même temps, pour faire tout ce qu'on peut pour venir en aide à ceux qui sont démunis, à ceux qui sont seuls, les personnes âgées etc ... Encore plus de solidarité doit être mise en œuvre en ce moment difficile. 

Une autre chose, Christophe parlait de dévoilement : quand on regarde toutes les grandes épidémies virales depuis 30 ans, le sida, l'Ebola, le SRAS, la grippe aviaire, la grippe porcine et maintenant le covid - à chaque fois ça a été une manière déséquilibrée de nous relier aux autres espèces. Soit à travers l'élevage industriel, soit en troublant l'équilibre des espèces sauvages.


      Dans cet Abécédaire de la Sagesse, quelques mots que j'ai relevés. D'abord il y a la peur : Christophe André vous dites que la peur est l'émotion la plus archaïque.

CA : Oui, la plus archaïque, car on la retrouve à tous les échelons du vivant. Même les organismes de très bas niveau dans la pyramide des espèces, manifestent des réactions de fuite ou d'évitement de ce qui les menace. Et au fond, cette émotion très forte, très archaïque, reste présente à notre esprit quoi qu'il arrive. Et donc, elle va très souvent tenter de prendre le contrôle de notre cerveau, de nos jugements, de notre regard sur le monde, de notre comportement.

On pourrait dire que c'est la mère de toutes les émotions douloureuses, de toutes les afflictions. Et donc, vaincre ses peurs c'est sans doute le pas le plus important que nous pourrions accomplir pour regagner en liberté - qu'il s'agisse de liberté intérieure qui est nécessaire à la sagesse, mais aussi en liberté extérieure.


        J 'ai été frappé par un autre mot important dans cet abécédaire, c'est le mal. Et vous écrivez : "Le mal absolu est un mythe". Vraiment ?

MR : Si vous voulez, le film d'horreur typique c'est : tout le monde va bien, c'est un beau pique-nique, il y a quelqu'un qui arrive et son seul but au monde est de faire du mal.

Ça n'existe pas, même les pires dictateurs, les plus horribles, les plus sanguinaires, les plus aberrants, pensaient qu'ils faisaient ça pour une certaine cause.

Il n'y a personne qui fait le mal simplement pour faire le mal. À part quelques psychopathes, il y a toujours des circonstances. Ça permet d'étudier les causes et les conditions qui mènent peu à peu à un génocide, à un massacre, à la discrimination. Donc ce n'est pas quelque chose d' irrémédiable.

Il y a une autre raison pour ça, si on va au fond du fond, c'est ce que disait Nelson Mandela au bout de 30 ans de prison - on peut toujours trouver au fond d'un être un potentiel de bonté. En tant qu'animal social on peut devenir psychopathe et commettre des atrocités, mais on a une plus forte prédisposition à la bienveillance, une sorte de bonté naturelle.


       Comment est-ce qu'on peut adapter la sagesse au monde moderne ? Comment est-ce qu'on s'adapte en fonction du mode de vie qui est le nôtre ?

MR : Vous savez, quand on s'entraîne à quelque chose, par exemple : les athlètes vont très tôt le matin dans un stade tout seuls, les musiciens font des gammes etc ... C'est vrai que, si on acquiert peu un peu les ressources intérieures pour mieux faire face aux hauts et aux bas de l'existence, normalement on doit garder cette même liberté intérieure et sagesse quelles que soient les conditions.


      Dans cet abécédaire de la sagesse j'ai aussi relevé ce mot : humilité, Christophe André, vous écrivez que l'humilité c'est une forme de libération.

CA : L'humilité c' est une vertu qui est souvent mal comprise. L'humilité ça ne consiste pas à vouloir s'abaisser, ça consiste à renoncer à chercher à tout prix à être supérieur aux autres, à être admiré, à être acclamé, à faire la course en tête. C'est se débarrasser de ce genre de hochet, d'obsession, pour aller vers ce qui compte vraiment.

L'humilité serait une solution à beaucoup de nos maux contemporains qui sont en grande partie liés à ce que nous apprennent malheureusement les réseaux sociaux : paraître, être liké, être suivi, impressionner, présenter tous les côtés rayonnants, victorieux, ou pseudo victorieux de son existence.

Dans ce cas-là, l'humilité nous permet de nous dégager de ces espèces de courses qui sont très stressantes.

La course au narcissisme de notre époque est quelque chose qui stresse beaucoup les gens.

Plus une personne est attachée à son image, plus elle tourne le dos à l'humilité, plus elle stressée, plus elle est malheureuse et plus, hélas, elle va faire souffrir et rendre malheureux autour d'elle.

       Comment est-ce qu'on se libère également de la culpabilité ? Parce que la culpabilité est un écran néfaste.

CA : La culpabilité. On parle bien de la culpabilité au sens psychologique. Il y a une ambiguïté, c'est vrai que l'excès de culpabilité c'est une souffrance. Au départ, la culpabilité, elle existe dans notre cerveau, la capacité à se sentir coupable,elle existe dans notre cerveau.

      Ce n'est pas culturel ?

CA : Non pas seulement, pas seulement. Une certaine culture l'amplifie, la culture catholique traditionnelle avait tendance à beaucoup peser sur cette notion de culpabilité. Notre culture contemporaine a tendance à beaucoup nous déculpabiliser, nous dire qu'on est responsable de pas grand-chose et qu'on peut se laisser aller à nos instincts.

En réalité, normalement, la culpabilité c'est ce petit inconfort qui nous force à revenir sur ce que nous venons de faire et à nous demander si on a pas "mal fait", si on a pas fait souffrir quelqu'un, si on a pas adopté un comportement finalement inadéquat.Donc, c'est pas si mal la culpabilité lorsqu'elle reste un signal d'alarme.

Après, malheureusement, lorsqu'elle prend les commandes de notre regard sur nous-même ou sur les autres elle peut devenir une entrave considérable.

Mais, j'ai un peu tendance à réhabiliter la culpabilité. Les gens qui se sentent coupables, souvent ce sont des gens attentifs à ce qu'ils font, assez empathiques. Donc, ce n'est pas forcément un mal, c'est une question de dose.


MR : On peut distinguer le regret de la culpabilité. Le regret c'est : "j'ai fait du mal à quelqu'un et j'essaye de réparer ça en faisant du bien ....

Il ne faut pas se dévaloriser, mais il faut bien se rendre compte des erreurs qu'on a faites pour les redresser... et avoir une force de détermination de devenir meilleur et de réparer le tort que l'on a pu faire à autrui.


       Christophe André, vous parlez des regrets chauds et des regrets froids

CA : Les regrets chauds, c'est les regrets que l'on a tout de suite. Je fais quelque chose ou j'ai dit quelque chose et je regrette de l'avoir fait. Les regrets froids c'est ceux qui peuvent nous saisir des mois ou des années après. Par exemple : "Je ne me suis pas assez occupé de mes enfants quand ils étaient petits" ou de ne pas avoir assez accompagnés ses parents âgés.

Tout ce paysage des regrets nous dit beaucoup de notre humanité. Il ne faut pas chercher à éradiquer les notions de regrets ou de culpabilité, il faut simplement comprendre ce qu'elle peuvent nous apporter et voir aussi jusqu'où elles peuvent nous asservir et nous faire souffrir.

Comme avec beaucoup de caractéristiques psychologiques, c'est une voie du juste milieu que nous avons à tracer au milieu de tous nos regrets.

Mais, les regrets ça nous tourmente ...

CA : Bien sûr, mais vous savez, parfois c'est bien d'être tourmenté. Les psychopathes dont parlait Mathieu tout à l'heure, sont peu tourmentés finalement. Les grands narcissiques sont peu tourmentés. Ils s'en foutent des autres, ils s'en foutent des conséquences de leurs actes.

Le seul truc qui les tourmente c'est qu'on ne les acclame pas, qu'on ne les admire pas, qu'ils ne gagnent pas plein d'argent ... après, la démolition de la planète, la démolition de la société, tout cela leur est complètement égal.

Vous savez, ce dont on est en train de s'apercevoir - et la sagesse c'est aussi ça d'une certaine façon - c'est que la souffrance, l'inconfort ne sont pas toujours à craindre, toujours à chasser.

Il y a une dose de souffrance, d'inconfort que nous devons accepter dans nos vies - et malheureusement on n'a pas toujours le choix - et surtout apprendre à affronter, à regarder en face, à mettre à plat, et voir comment nous pouvons garder certaines informations de ce signal d'alarme qu'est la douleur - qu'elle soit physique ou morale - et comment la dépasser ensuite.

MR : La souffrance n'est jamais désirable en soi, mais comme disait Christophe, comme de toute façon elle est inévitable, qu'est-ce qu'on en fait ?...

Est-ce qu'on s'effondre, est-ce qu'on devient négatif, est-ce qu'on traduit ça par une forme d'agressivité vis à vis des autres en reportant systématiquement le blâme sur autrui ?

Ou, est-ce qu'on essaie d'en faire une espèce de catalyseur pour grandir, pour avoir davantage de bienveillance, pour s'ouvrir davantage aux autres, pour apporter un remède aux causes de la souffrance ?

Ce qu'on appelle la bienveillance c'est : puissent les êtres, être heureux et trouver les causes du bonheur

et la compassion  : puissent-ils être libérés de la souffrance et des causes de la souffrance

Si on ne remédie pas aux causes et qu'on a une sorte d'addiction aux causes de la souffrance et qu'on met sa main dans le feu en espérant ne pas être brûlé, c'est normal qu'on souffre.

Il faut chercher les causes et les remédier. La souffrance est aussi un signal d'alarme qui nous indique qu'il y a quelque chose qui cloche



Emission France Inter du 15/11/2020

Le psychiatre Christophe André et le moine bouddhiste et philosophe Mathieu Ricard étaient les invités de Pierre Weill pour leur nouveau livre, co-écrit avec Alexandre Jollien et publié aux éditions de l'Iconoclaste, "Abécédaire de la sagesse".


dimanche 17 mai 2020

La méditation par temps de confinement

"Comme beaucoup de psys, je n’ai jamais eu autant de demandes d’interviews sur l’équilibre intérieur et la méditation qu’au printemps 2020, durant le temps du Grand Confinement (c’est comme ça que vous en parlerez, j’espère, à vos petits-enfants !).

Alors, méditer confiné : bonne ou mauvaise idée ?

Au premier coup d’œil, cela peut ressembler à une bonne idée : si la méditation est réputée (à juste titre) être un outil de gestion du stress, et un bon moyen de comprendre le fonctionnement de son esprit, alors, oui, c’est le moment d’apprendre à méditer, ou d’intensifier sa pratique.

Mais pour certains, cela ressemblerait plutôt à une mauvaise idée : nous sommes déjà, pour beaucoup d’entre nous, confinés dans nos appartements, ou amenés à restreindre nos sorties autres que professionnelles, alors en plus, nous confiner en nous-mêmes...

Alors qu’on est enfermé chez soi, doubler la dose en s’enfermant encore plus dans l’immobilité, le silence, les yeux fermés : quelle idée ! "

Image et texte provenant du blog de Christophe André
==> Lire la suite de cet excellent article

dimanche 1 mars 2020

Les figures de l'ombre ... en lumière




Katherine Johnson 
vient de nous quitter ce lundi 24 février 2020 
à l'âge de 101 ans 
pour rejoindre l'autre coté du miroir 

Le film « Les figures de l'ombre » retrace les destins de Katherine Johnson, Mary Jackson et Dorothy Vaughan, trois femmes dont les travaux ont permis de grandes avancées pour la Nasa.



Trois femmes exceptionnelles enfin célébrées.
Le film «Les figures de l’ombre» rend hommage à Katherine Johnson, Mary Jackson et Dorothy Vaughan, trois femmes noires dont les travaux ont permis de grandes avancées pour la Nasa, mais qui ont été oubliées pendant de longues années. 
Le long-métrage adapté du livre de Margot Lee Shetterly mêle ainsi les destinées de ces «ordinateurs en jupes» à l’histoire de la conquête spatiale américaine, en parallèle de l'abolition des lois anti-ségrégation aux Etats-Unis.

Véritable prodige des mathématiques, Katherine Johnson (interprétée par Taraji P. Henson) a grandement contribué au succès du premier vol orbital autour de la planète de l’astronaute John Glenn
Mais avant d’être reconnue pour cela, elle a effectué un parcours scolaire impressionnant : diplômée du lycée à 14 ans, de l'université à 18 ans. Un parcours encore plus impressionnant quand on sait les difficultés éprouvées par une jeune femme noire en pleine période de ségrégation en Virginie.

En 1962, alors que le départ de John Glenn approche, l’astronaute a personnellement demandé aux techniciens à ce que Katherine Johnson vérifie elle-même les chiffres calculés par l’IBM, prononçant cette phrase : «Si elle dit qu’ils sont bons, alors je suis prêt à partir.» 

Elle a rendu un vibrant hommage à celui qui a mis sa vie entre ses mains en décembre dernier, au moment de son décès : «Un homme bien a quitté la Terre pour la dernière fois. On se souviendra de la vie de John Glenn pour le temps qu’il a passé dans l’espace, son courage et les services qu’il a rendus aux Américains», avait-elle déclaré dans un communiqué.

Extrait de Paris Match du 7.03.2017



samedi 25 janvier 2020

Nouvel An

nouvel-an

… le 1er ou le 25 janvier ?

Le Nouvel An chinois 2020 se situe le 25 janvier

La nouvelle année et le printemps démarrent en même temps.
Le calendrier chinois est défini en accord avec un cycle cosmique. Le temps est fixé selon une loi universelle.
L'homme s'incline devant la nature.


image nouvel an chinois


Le Nouvel An occidental se situe à minuit le 31 décembre

Il n'est en rien connecté avec les positions relatives de la terre,
du soleil ou de la lune. Il démarre en hiver,
à la même heure tous les ans.
Le calendrier occidental est calé sur la décision d'un homme.
Il a été fixé par un individu puissant, Jules César.
L'homme est maître du temps.



Le Nouvel An occidental commence au plus profond de l'hiver. Ceci implique que nous sommes habitués - programmés -
pour accueillir au Nouvel an une nouvelle énergie
quand tout dehors (dans l'hémisphère nord) est froid et dormant. La réalité extérieure à ce moment indique
tout autre chose,
et en particulier que le changement n'est pas dans l'air.


… quoiqu'il en soit


Meilleurs vœux pour 2020 !

Et rendez-vous le 16 mars
pour la conférence de Marie-Pierre Dillenseger


Texte extrait de son 1er livre « La voie du Feng Shui »


mardi 24 décembre 2019

C'est la grève des sapins



C'est la grève des sapins,
Des aiguilles, des pommes de pin 
Ils veulent tous être palmiers, 
Cerisiers ou bananiers. 

Les sapins sont fatigués 
A la fin de chaque année 
Toutes ces guirlandes à porter 
Ça leur donne le dos courbé. 

Les sapins sont enrhumés 
De vivre près des cheminées 
Sans air pur sans horizon 
Enfermés dans des maisons. 


Les sapins en ont assez 
De faire de l'ombre l'été 
Sans être remerciés, 
Et l'hiver d'être coupés. 

Les sapins ont déclaré 
Que pour la nouvelle année, 
Ils se mettront en congé. 
La forêt sera fermée. 

Les sapins s'en vont au vert, 
Les sapins quittent l'hiver, 
Pour aller se faire bronzer, 
Au chaud sous les cocotiers ! 

Dominique Dimey

dimanche 27 octobre 2019

J'ai été déçu

"Il n'y a pas de phrase plus banale que celle-là, pas d‘exclamation qui ne rencontre aussitôt une oreille compatissante, un sourire de consolation.

Nous en avons tous fait l’expérience : quelque chose, quelqu’un, un jour, n’a pas été à la hauteur de nos espérances.

Nous avons été déçus, et parce que nous avons été déçus, nous considérons qu’il est de notre droit d’en vouloir, ne fût-ce qu’un bref moment, à ce qui a ainsi causé notre déception.

Le plus souvent, celle-ci se règle d’un simple haussement d’épaules ou d’un reniflement de mépris ; mais, parfois, c’est jusqu’à notre cœur qui peut en sortir brisé, ou notre être. remis en cause.

Il y a des déceptions qui excèdent les limites d’un
divertissement frustré, d’une œuvre pas aussi intéressante que ce qu’elle semblait ou d’une situation ne remplissant pas ses promesses.

Qu’est-ce qu’un amour déçu, par exemple, si ce n’est une des formes les plus douloureuses d’échec qu’il soit permis d’expérimenter dans l’existence ?

Pourtant, cette évidence de la déception pose davantage de questions qu’elle n’offre de réponses. Que signifie en effet  "être déçu" ?

Cela signifie qu’une personne, un évènement ou une chose dans laquelle nous avions investi un espoir s‘est avérée indigne de celui-ci.

Nous attendions. et notre attente a été frustrée. A proprement parler, nous avons attendu pour rien. Si cela est indéniable, il est toutefois permis de s’interroger sur ce simple fait : qu‘attendions-nous ?

Et même : pourquoi attendions-nous ? Y a-t-il le moindre sens à attendre quoi que ce soit de quoi que ce soit et à ensuite se plaindre quand l’attente en question ne se transforme pas en un satisfecit intégral inscrit en marge  du cahier des charges que nous avions posé ?

Il faut bien l’admettre, nous ne sommes jamais déçus de ce qui nous déçoit : nous ne sommes déçus que depuis le point de vue de notre propre espoir, de nos propres désirs, de nos propres scénarios fantasmés.

Être déçu, c’est en réalité se décevoir soi-même, se rendre compte de l’erreur fondamentale qu’il y avait à formuler une attente toujours trop haute, toujours trop précise, toujours trop à côté de ce qui nous arrive.

Si nous étions un tout petit peu cohérents, il faudrait rendre grâce à ce qui nous déçoit, car il s’agit à chaque fois d’une leçon de modestie nous enseignant à abandonner nos prétentions à régenter la réalité qui nous entoure.

Accueillir ce qui arrive au lieu de prétendre lui imposer nos attentes : voilà qui serait peut-être le début de la sagesse."

Laurent de Sutter      Madame Figaro – 19 octobre 2019





lundi 21 octobre 2019

La planisphère renversante


Montrer les peuples, plutôt que les frontières, 
c’est affirmer que notre diversité humaine est plus importante que les barrières politiques entre nous.
Respecter enfin les surfaces réelles, 
c’est construire l'équité, pour sortir de l’impérialisme et des dominations culturelles. 
Mettre le Sud vers le haut, plutôt que le Nord, 
c’est rendre visible que nos habitudes peuvent endormir notre esprit critique.


« Mais où sont les pays ? » 
Les couleurs ne représentent pas les limites des États comme souvent, mais les formations végétales. Montrant ainsi la diversité et la fragilité des écosystèmes du globe. Et les noms ne sont pas ceux des États, de création récente et parfois arbitraire, mais des centaines de peuples qui vivent sur Terre depuis si longtemps. 

« L’Afrique est si grande ? » 
Oui ! Depuis quatre siècles la projection utilisée (Mercator) agrandit exagérément les terres vers les pôles et écrase les terres vers l’Équateur, faisant croire que l’Amérique du Sud a la même taille que le Groenland alors qu’elle est huit fois plus vaste... On peut faire mieux : la projection de Gall-Peters respecte les surfaces. Sur cette carte égalitaire, le continent africain apparaît enfin dans ses vraies proportions, mettant fin au racisme cartographique ! 

« C’est à l’envers ! » 
Sur une sphère, il n’y a ni haut ni bas ! Il nous semble normal aujourd'hui que le nord soit représenté "en haut", et l’Europe au-dessus du continent africain, mais en réalité c'est une construction humaine, un choix politique : les pays du Nord, dominateurs, sont représentés au-dessus, et au centre de la carte… Les règles cartographiques nous autorisent pourtant à choisir une autre perspective, un autre regard. Alors, renversons nos préjugés !

Auteur : Gérard Onesta   -  Editeur : Alexis Lecointe

Pour en apprendre encore plus et se procurer la planisphère 

vendredi 4 octobre 2019

Tout est encore possible

Violence, injustices, pauvreté, guerres, pollution... Nous vivons dans un monde dont les défis, tourments, menaces et interrogations poussent à la résignation et à la passivité.

Dans un tel contexte, est-il encore possible - et réaliste - d'être optimiste ?
De cultiver une espérance propre à soutenir nos rêves et nos engagements ?

Tout est encore possible ! est un manifeste qui, en 18 entretiens de personnalités d'exception, se fait porte-parole d'une philosophie de l'espérance volontaire, lucide et généreuse : l'optimisme réaliste.

 Découvrez une autre idée du monde que nous habitons et du rôle que nous y jouons : enthousiasmante, et authentiquement optimiste.

Le manifeste d'une autre manière de voir le monde, grâce à 19 personnalités aux destins exceptionnels qui se livrent pour construire, tous ensemble, la voie d'une espérance active.